lundi 28 décembre 2015

A l'affiche : My Fair Lady

http://www.opera-lausanne.ch/typo3temp/_processed_/csm_3_My_fair_Lady__c__eracom_Bhakti_Devanthery__Pauline_Chanel__Benjamin_Maibach_copie_545b082d9a.jpg

Le thème de Pygmalion est à nouveau à l'affiche, cette fois-ci avec l'adaptation de la célèbre pièce éponyme de George Bernard Shaw, connue en tant que comédie musicale sous le nom de My Fair Lady.

Cette comédie d'Alan Jay Lerner et de Frederick Loewe fut créée en 1956 à New York. Ce fut immédiatement un succès, avec quelque trois mille représentations : un "raz de marée" du public comme le décrit Alain Perroux dans son livre consacré à la comédie musicale. Les succès gagnent l'Europe "d'autant que le film réalisé par George Cukor en 1964 (et couronné de 8 oscars) ne fait que décupler la popularité de l'ouvrage, traduit dans plusieurs dizaines de langues" (id.). Pour l'anecdote, le rôle d'Eliza ne fut pas confié à Julie Andrews, qui avait pourtant créé le rôle à Broadway. La "débutante" fut alors engagée par Disney... et remporta l'Oscar de la meilleure interprétation féminine avec Mary Poppins cette année-là !


I could have dance all night (1964)

Malgré toutes ces anciennes rivalités, on se régale aujourd'hui en écoutant Audrey Hepburn.

L'Opéra de Lausanne est bien inspiré d'avoir programmé cette comédie musicale comme spectacle de fin d'année. A Genève, depuis les représentations de décembre 1968, le spectacle n'a pas été à l'affiche. Il vous reste donc quelques soirées pour aller entendre Marie-Eve Munger dans le rôle d'Eliza, François Le Roux dans celui du professeur Higgins et Alexandre Diakoff dans celui de Doolittle. La mise en scène est quant à elle assurée par Jean Lermier.

lundi 21 décembre 2015

Brève : Musique de films muets

Il est parfois des partitions qui sont de beaux objets. Comme cette dernière acquisition :

The music of the silent films : piano solo : 50 original pieces and arrangements for solo piano : with authoritative text, film stills & photographs / music and image selections curated by Ben Model... Wise Publ.



Magnifique volume relié, richement illustré, bien documenté et au contenu attrayant : la musique de films muets pour piano. Seule ombre au tableau : l'ouvrage est en anglais...

Si vous maîtrisez la langue de Chaplin, vous pourrez donc y découvrir l'histoire de la musique de film de cette période cinématographique (1915-1927), mais aussi comment utiliser cette musique. En effet, l'index a classé les partitions par "humeur". Quelques explications sont données pour ces atmosphères, par ex. : 
  • comedy moderato : pour accompagner les séquences clownesques
  • misterioso andante : pour les scènes calmes, avec une forte tension
  • intermezzo : pour les "tea or garden parties" ou les danses légères
Chaque morceau est accompagné également d'une précision sur les scènes qu'il peut illustrer musicalement.

Les biographies des compositeurs terminent ce volume : J.S. Zamecnik, Albert W. Ketèlbey, Maurice Baron...

Cette nouvelle parution est peut-être due à un effet de mode, si on pense au succès du film The artist, ou encore au Corps de musique de Landwehr qui a dernièrement joué en live sur la projection de deux grands films muets : Metropolis et le Cuirassé Potemkine.

The music of the silent films : une idée de cadeau à mettre sous le sapin !

Disponibilité 
Fabienne

lundi 14 décembre 2015

The Wire: la musique comme une aventure

«Adventures in Sound and Music»: telle est la devise du magazine britannique The Wire qui, depuis plus de trente ans, couvre en toute indépendance l'actualité des musiques d'avant-garde.

Rock oblique, jazz libre, électronique, hip hop, musique contemporaine, musiques traditionnelles revisitées, «noise», art sonore: toutes les approches pointues et affranchies des formats pop balisés ont droit de cité, sans restriction géographique ni stylistique.

Preuve de leur ouverture d'esprit, un vieux numéro (No 88, juin 1991)
avec Jacko en couverture, titré "Michael Jackson pour les adultes"

Portraits fouillés, interviews longues et parfois exclusives comme celle de Jandek - Sterling Smith, musicien secret s'il en est - chroniques d'albums, de festivals, concerts, films, DVD, livres et expos, blind-test avec un artiste («The Invisble Juke-Box»), comic-strip, colonnes confiées à des invités: The Wire brosse un large panorama de la création contemporaine. Au début de chaque année, un numéro spécial intitulé Rewind propose une rétrospective complète de l'année écoulée, avec un best-of des sorties musicales, des analyses et commentaires.

Le magazine se situe au carrefour d'un véritable réseau d'activistes underground, ouvrant chaque mois ses colonnes aux playlists de bloggeurs, DJ, disquaires indépendants, labels, programmateurs de salles et musiciens du monde entier. La revue incarne à la perfection une ouverture d'esprit qui s'étend par-delà les chapelles: la musique soufi y a autant d'importance que John Cage ou le metal abstrait de SunnO))). The Wire tire un trait d'union précieux entre l'histoire du jazz ou de la musique électroacoustique et le futur de la techno, du hip hop ou de la pop music aventureuse. En outre, l'iconographie soignée et l'épure de la mise en page en font un objet d'art à part entière. The Wire est livré depuis 1997 avec une anthologie en CD des nouveautés musicales d'avant-garde (The Wire Tapper). De quoi joindre le son au texte et matérialiser les fantasmes nés de la lecture...

Au fil des numéros, ce sont aussi bien des figures comme Robert Wyatt, Mauricio Kagel, Kraftwerk, Magma, Robert Fripp, Jandek, Evan Parker, Zeena Parkins & Ikue Mori qui ont fait la couverture du magazine, que des émergences comme Dean Blunt, Laurel Halo, Matana Roberts, Joanna Newsom, Actress ou Ben Frost.

La dernière livraison en date, celle de décembre 2015, porte le numéro 382 et met en vedette Annette Peacock, compositrice, arrangeuse, chanteuse et pionnière du synthétiseur au début des années 1970. Compagne du pianiste Paul Bley, elle s'est illustrée dans un style musical entre jazz, chanson pop et musique expérimentale. Auteure d'un album solo devenu culte, I'm The One (1972), elle est toujours active et compte parmi ses admirateurs des artistes comme David Bowie, Brian Eno, Morcheeba ou Pat Metheny, qui ont repris ses chansons.


Incontestablement, The Wire est la revue qui fait autorité auprès d'un public curieux et exigeant ainsi que chez les programmateurs de salles et de festivals. Prescripteur, The Wire a souvent un temps d'avance et sait tendre l'oreille en direction des nouvelles tendances à la pointe (electronica, dubstep, black metal, drone, free-folk, etc.). Parmi les contributeurs réguliers de la revue, de nombreuses signatures respectées comme celles de Joseph Stannard, Simon Reynold, David Toop, Kodwo Eshun, Ian Penman, Mark Sinker.

The Wire a édité plusieurs ouvrages et son site web propose, outre de nombreux contenus rédactionnels, une librairie ouverte à des éditeurs de premier plan comme MIT Press, Norient, Duke University Press, Faber & Faber, etc.

On cherchera en vain un équivalent à The Wire dans la sphère éditoriale. Et comme vous aurez peu de chances de le trouver chez votre marchand de journaux, on ne saurait trop vous recommander de venir le consulter ou l'emprunter à la Bibliothèque musicale. Peut-être y trouverez-vous matière à de nouvelles sensations auditives...


Béné & Rod

samedi 12 décembre 2015

Ah ! la belle Escalade

En cette période de commémoration de l'Escalade, posons-nous la question sur les origines de la chanson qu'entonnent d'un même choeur tous les Genevois : Ah, la belle Escalade !

Bien qu'elle soit connue sous ce nom-là ou encore sous celui de "Ce fut l’an 1602", cette chanson est entre autres citée par John Jullien dans son ouvrage de 1845 "Chansons de l'Escalade ; précédées d'un Précis historique sur l'Escalade, et de notices sur la fête et sur les chansons", sous le titre "Allons, citoyens, de grand cœur" qui n’est autre que l’incipit de la mélodie. On nous apprend que la chanson - comprenant 10 couplets et le fameux refrain "Ah ! la belle Escalade, Savoyards, gard, gard" - a été composée sur l’air de la "Carmagnole", chanson révolutionnaire française, pour le renouvellement de la fête genevoise de l’Escalade en 1793. 

"Dès le premier anniversaire, les citoyens qui avaient été blessés à l’Escalade et ceux qui s’y étaient distingués se réunirent en un banquet. [...] Bientôt les parents, les amis, la population tout entière prirent part à la fête. Telle fut l’origine de la fête populaire. Des enfants, déguisés en Savoyards, apparurent au milieu du festin. Les chansons remplirent bientôt le rôle qui leur est assigné, et le fameux "Ce qu’è l’aino" fut sans doute entonné dès le premier anniversaire.[…] Le 9 novembre 1782, pendant l’occupation des trois Puissances, et à la veille de ce Conseil général de sinistre mémoire, le Conseil décréta que la fête ne serait pas célébrée cette année, vu les circonstances ; en 1785, il fut arrêté que les sermons commémoratifs seraient supprimés. En 1793, le gouvernement révolutionnaire réhabilita solennellement l’Escalade et la célébra dans le goût du jour."



Dans l'ouvrage "La belle Escalade de 1902" de Danielle Buyssens et Corinne Walker, les auteurs précisent qu’"au cours du XVIIIe siècle, la Savoie – désormais royaume de Sardaigne – était devenue, par son rapprochement avec la France, une puissance à ménager. Dès lors, le souvenir de l’Escalade, avec son lot de chansons vindicatives à l’égard du voisin savoyard, est de plus en plus mal venu. Aussi, lorsqu’à la suite de la révolution bourgeoise de 1782, l’oligarchie revient au pouvoir avec l’aide de la Sardaigne, elle supprime les services religieux et interdit les mascarades dans les rues. Les repas, eux, perdurent dans la plus grande discrétion. Il faudra attendre dix ans et la chute de l’ancien régime pour voir renaître, en 1793, la fête de l’Escalade."

François Ruchon écrit dans "La littérature de l’Escalade", article paru en 1952 dans "Escalade de Genève - 1602 : histoire et tradition", "C’est de 1793 que date la pièce qui a été pour de nombreuses générations du XIXe et du XXe siècle, la vraie, la seule chanson de l’Escalade : "Allons citoyens de grand cœur". De tout le fatras de l’époque, elle a jailli, alerte et vivante, sur son air de la "Carmagnole", avec son refrain bien sonnant ; nous l’avons chantée autrefois, dans la rue, quand l’Escalade était encore une fête populaire. Qui l’a composée ? Jullien, dans son manuscrit, nous dit qu’on l’a attribuée à la mère du colonel Dufour. Il n’a pas maintenu cette attribution dans son "Recueil" imprimé. Peu importe d’ailleurs. Elle a paru en décembre 1793, anonymement, au prix d’un sou, et, en 1874, fut éditée par Charles Fulpius, et lithographiée par Ch. Pinot, à Epinal, accompagnée d’un dessin dû à un jeune artiste, Louis Dunki, dans le style populaire et avec de vives enluminures. Tous les petits Genevois ont, un jour ou l’autre, tenu entre les mains cette feuille haute en couleurs qui a été réimprimée plusieurs fois."

Jules Thil dans "Chansons de l'Escalade : (Genève, 1602), lu à la séance du 15 avril 1837", nous apprend même qu’un autre air français bien connu a servi de mélodie à une chanson de l’Escalade : "De toutes les complaintes, cantiques, chansons de table, allusions égrillardes et scènes de tout genre, qu’inspira l’Escalade, et qui n’ont pour elles ni la naïveté du patois de nos ancêtres, ni le mérite de l’à-propos, les deux pièces les meilleures et les plus connues datent de la révolution de 1793 ; l’une est sur l’air de la "Marseillaise" ; l’autre sur celui de la "Carmagnole". C’est cette dernière dont le refrain retentit encore aujourd’hui dans les rues, et autour de la dinde traditionnelle : Ah ! la belle Escalade, Savoyards, gare, gare."


 version remixée Hard Trance / Happy Hardcore / Techno

Disponibilité
Fabienne

Ce billet est largement inspiré de la réponse à une question posée au service de renseignements à distance des bibliothèques de la Ville de Genève : InterroGE

lundi 7 décembre 2015

En coulisses : les affiches (3)

Dans le billet précédent, nous avons évoqué le catalogue des affiches comme mise en valeur du travail des graphistes, photographes et agences qui déploient leur créativité afin de nous taper dans l'oeil.

En bibliothèque, nous avons la possibilité de réaliser des expositions thématiques ! Dans nos murs, avec la collaboration du département des affiches du site BGE-Bastions, trois expositions ont eu lieu ces dernières années. 

En 2009, suite au versement des Archives municipales d'un lot d'affiches de l'AMR, nous avons pu monter une exposition rétrospective de cette association. Des graphistes et illustrateurs genevois de talent ont toujours collaboré avec cette institution. Certains n'en sont qu'à leur début, d'autres établissent une collaboration assidue avec l'AMR au fil des ans. Eric Jeanmonod, Claude Luyet, Aloys, Georges Schwizgebel, Exem, Poussin et bien quelques autres ont participé à annoncer les manifestations de l'AMR !        




Au Café du Grütli


Depuis 2009, les affiches de l'AMR continuent de venir enrichir notre collection.

Claude Luyet, 2000


En 2010, Genève fut la capitale internationale du Cirque. Pour la bibliothèque, ce fut l'occasion de collaborer avec nos collègues des Bastions pour une exposition autour du cirque ! Des affiches historiques furent montrées après avoir été restaurées. D'autres plus récentes ont rappelé au public que le Cirque national des frères Knie a depuis toujours l'habitude de travailler avec des artistes de renom, dont Hans Erni, Herbert Leupin ou Jean Tinguely !


Markus Campbell, 1961 et Donald Brun, 1975

En 2011, les affiches du Grand Théâtre furent à l'honneur, toujours en collaboration avec la BGE et son ancien directeur Monsieur Jean-Charles Giroud. Comme précédemment pour l'AMR, les murs de la bibliothèque ne suffisant pas, l'exposition se prolongea dans les locaux du Café du Grütli, ainsi que dans le foyer du Grand Théâtre. Les figures de Roland Aeschlimann et Roger Pfund furent prédominantes dans cette exposition, comme l'illustrent ces deux photos.

 





Disponibilité
Muriel