lundi 25 novembre 2013

Laurent Sabon, décorateur genevois


  Patrie Suisse, Journal illustré, no 37 (1895)

Laurent Sabon (1852-1936) fut artiste peintre et travailla pour le Grand Théâtre de Genève de 1880 à 1914 après avoir appris son métier dans les ateliers de l’Opéra de Paris pendant 15 ans. Il réalisa les décors des œuvres de Wagner données sur la scène genevoise pendant cette période, notamment Tannhäuser, La Walkyrie, Tristan et Isolde, Siegfried, soit quelques milliers de mètres carrés de toile peinte.

 
Tannhäuser ,décors de Laurent Sabon, 1894-1895

Si aujourd'hui, nous montrons quelques documents relatifs à son travail dans le cadre de l'exposition "Wagner", Laurent Sabon a collaboré aux créations d'opéras majeurs pour l'époque : Les armaillis et Le nain du Häsli de Gustave Doret, Carmen de Bizet, les opéras de Massenet et tout le répertoire de la fin du 19e siècle. A son décès en 1936, ses décors continuent d'être occasionnellement utilisés.

La notice nécrologique qui lui est consacrée dans le Journal de Genève nous apprend que Laurent Sabon était également peintre. Un article de La semaine littéraire paru à l'occasion du Salon des aquarellistes à Genève en 1893 évoque notre décorateur :"Admirons M. L. Sabon pour sa virtuosité et les ressources infinies de son art qui éclatent dans ses infinies compositions : Les bords de l'Aire et Le Bois de la Bâtie". Son talent est ensuite reconnu au-delà de nos frontières par la remise d'une médaille d'or au Salon de Paris en 1900.

 Vagues

L'exposition Wagner mis en scène à Genève et ailleurs se poursuit jusqu'au 6 décembre prochain.


Disponibilité
Muriel

lundi 18 novembre 2013

Herbert Graf, l'homme invisible de la scène lyrique

"L’homme invisible de la scène lyrique", tel que Herbert Graf se désigne lui-même dans ses mémoires, est un metteur en scène d’envergure internationale. De 1965 à sa mort en 1973, il fut directeur du Grand Théâtre de Genève. En plus de la direction artistique et administrative, il réalisait trois mises en scène par saison. Parmi ses 32 nouvelles productions genevoises figurent 8 opéras de Wagner.

Herbert Graf participa dès la fin des années 50 à la réflexion pour la reconstruction du bâtiment, suite à l’incendie qui ravagea le Grand Théâtre en 1951. Sa longue expérience au Metropolitan Opera de New York a été mise à profit. Herbert Graf est aussi l’inventeur d’un équipement de transmission télévisée pour les salles lyriques. Il fut pionnier, dès 1942, dans la production de retransmissions télévisées d’opéras.

Sa vocation de metteur en scène lui vient très tôt. En 1925, il soutient à Vienne, dans sa ville natale, une thèse intitulée Richard Wagner metteur en scène. Cette thèse a été traduite et publiée en français en 2011.


Richard Wagner, Die Meistersinger von Nurnberg, Peters, Fonds Herbert Graf BGE Mss 2005/37

On voit ici l'exemplaire personnel de la partition pour chant et piano d’Herbert Graf, annotée avec ses indications de mise en scène. Les mouvements des choristes, les éclairages, la position des solistes et le plan de la scène (ici des escaliers) sont notés sur la page de droite en regard de la partition. Les croquis et les indications se succèdent en suivant la musique. On voit sur ce croquis trois groupes de personnes représentées par des couleurs : Lehrbuben (jaune), Gesellen (vert), Meister (noir). Ce document fait partie du fonds d’archives personnelles d’Herbert Graf conservé au Département des manuscrits de la Bibliothèque de Genève depuis 2005. Il est à voir jusqu'au 5 décembre à la Bibliothèque musicale dans l'exposition consacrée à Wagner.

Tullia

lundi 11 novembre 2013

Lou Reed : "his" life was saved by rock 'n' roll

Les paroles de "Rock & Roll" sont restées actuelles pendant les quarante années qui ont suivi : her life was saved by rock 'n' roll (sa vie fut sauvée par le rock) ! Actuelles jusqu'au 27 octobre dernier, jour du décès de Lou Reed.

  Rock & Roll  en live, tournée de 1986


Créé en 1970 par le Velvet Underground, groupe qu'il quittera peu après, Rock & Roll, comme en témoigne cette vidéo parmi d'autres, sera repris durant toute sa carrière en solo.  

Transformer (1972) est l'un de ses tous premiers albums solo. A cette époque déjà, il aurait pu affirmer :
Certains disent que je suis perfectionniste. Mais je suis aussi talentueux et je le sais quand je crée quelque chose de grand (1998).



L'album, produit par David Bowie, contient en effet, les titres les plus connus de Lou Reed : Perfect day et Walk on the wild side. Ce dernier titre, un peu jazzy et dont la basse est signée Herbie Flowers, fut présent au Top 20 américain et anglais, malgré les paroles subversives renvoyant aux icônes  mythiques de la Factory de Warhol.

Si vous lisez ces lignes et que vous ne connaissez pas Lou Reed, l'émission "Plein le poste" de la RTS lui rend hommage : une heure de musique pour un survol de cette immense carrière !

Les documents disponibles dans le Réseau genevois, quant à eux, illustrent l'éclectisme de l'artiste.

Disponibilité 
Muriel

jeudi 7 novembre 2013

Hommage à Patrice Chéreau

Le finale de la Walkyrie, Bayreuther Festival

Entre les différentes commémorations de cette année 2013 se glisse de manière inopportune un hommage à Patrice Chéreau.

En cette "année Wagner", on peut retenir, entre autres créations, le Ring qu'il monta à Bayreuth en 1976. Le musicologue et directeur de publications pour l'Avant-Scène Christian Merlin nous parle de Patrice Chéreau :
Des menaces de mort la première année, une heure et demie de rappel la dernière. L'opéra a beau être le lieu de toutes les démesures, un tel revirement n'est tout de même pas fréquent [...]. Le fait qu'il se soit agi du Ring du centenaire de la création de l'oeuvre et du festival de Bayreuth en aura sans doute accentué la médiatisation et la portée symbolique, mais au-delà de l'événement conjoncturel, on sait maintenant qu'il y a un avant et un après Chéreau. (p.77-78 Avant-Scène no 274)

Dans le dernier Diapason, Chéreau définit son travail de mise en scène comme une lecture:
Je ne suis pas un relecteur dit en substance Patrice Chéreau. Je ne relis pas, je lis. Je découvre comme un nouveau-né le texte, le texte nu, sans tradition, sans convention. Je suis le télescope, le microscope, le stéthoscope du spectateur. Ou une paire de lunettes entre l'oeuvre d'hier et le public d'aujourd'hui.


En cliquant ci-dessous écoutez Patrice Chéreau à propos de son Ring, les réactions du metteur en scène Olivier Py ou encore le témoignage ému du chef d'orchestre Philippe Jordan.


Cliquer sur "télécharger" pour écouter le Rendez-vous Culture de RFI dédié à Patrice Chéreau, mort le 7 octobre 2013.
(05:54)

vendredi 1 novembre 2013

Wagner mis en scène à Genève et ailleurs

Genève, cet automne, commémore de tous côtés le bicentenaire de la naissance de Wagner grâce au Wagner Geneva Festival, à l'exposition Wagner l'opéra hors de soi de la Fondation Bodmer ou encore à La Walkyrie au Grand Théâtre, première journée du Ring qui sera joué intégralement d'ici à mai 2014 . La Bibliothèque, quant à elle, met à l'honneur les mises en scène des opéras de Wagner à Genève : riche de documents d'archives, l'exposition montre aux visiteurs des pièces uniques des 19e et 20e siècles. 

Chanteurs sur la scène du Grand Théâtre en 1894 dans les décors de Laurent Sabon
Chanteurs sur la scène du Grand Théâtre en 1894 dans les décors de Laurent Sabon

Dans les albums photos, le ténor parisien Pierre-Emile Engel pose fièrement ! Il fut l'invité du Grand Théâtre pour les grands rôles wagnériens dans les années 1890. Les planches de costumes et de décors pour le Vaisseau fantôme sont conservées parallèlement aux instructions de Wagner dans une édition traduite en français (acte I, sc. 3) :
« J’ai détaillé si soigneusement cette scène afin de montrer, en quel sens je veux que le Hollandais soit représenté, et combien est grande l’importance de la plus minutieuse concordance du jeu avec la musique. Que l’acteur se donne la peine de chercher à concevoir dans le même sens son rôle tout entier. Au reste, cet air est aussi la partie la plus difficile du rôle, surtout parce que c’est de la bonne réalisation de cette scène que dépend pour le public, la compréhension ultérieure du sujet ».

La bibliothèque est fière de posséder les cinq volumes des Gesammelte Schriften und Dichtungen qui constituent l’édition originale de Leipzig (1771-1880). Un des volumes est exposé à la bibliothèque alors que deux autres ont été prêtés à la Fondation Bodmer.

Affiche de Roland Aeschlimann (1977)
Affiche de Roland Aeschlimann (1977)

L'exposition se poursuit avec des affiches allant de 1883 à 2013 : affiches typographiques ou illustrées par des grands noms du graphismes genevois (Roland Aeschlimann, Roger Pfund).

Nous reviendrons ultérieurement sur l'exposition et sur les documents plus récents.

En attendant, l'exposition se visite aux heures d'ouverture de la bibliothèque jusqu'au 5 décembre prochain.

Muriel