lundi 29 août 2011

A Amadeus, Ludwig meets Wolfgang


Le Festival Amadeus est de retour... Tous les deux ans, l'heure de la rentrée est aussi celle des rendez-vous à la Grange de la Touvière à Meinier. 

Alexandre Tharaud, l'heureux pianiste*, revient à La Touvière. A la tête du festival en tant que directeur artistique cette fois, il place généreusement sa première saison sous le signe des désirs !
Désir de dénicher de nouveaux recoins exploitant encore davantage le charme poétique des lieux, 
Désir de donner carte blanche à Jacques Rebotier - compositeur-résident cette année - pour une performance quotidienne avant ou après le spectacle,
Désir de faire correspondre des genres apparemment sans lien au prime abord:
  • concert où Scarlatti et le flamenco se rencontrent... (ne vous précipitez pas, la soirée affiche complet),
  • concert du Lever du jour qui mêlera musique et art équestre (Alexandre Tharaud et Bartabas),
  • correspondance enfin, au sens strict du terme puisque Jacques Rebotier exposera le courrier qu'il entretient depuis 1982 avec un certain Ludwig van Beethoven ! 

L'exposition est décrite ainsi sur le site du festival...

Une installation postale et sonore
Depuis 25 ans Jacques Rebotier envoie des courriers à Beethoven, dans tous les pays du monde. Dans des enveloppes à en-tête chapardées dans des administrations, théâtres, hôtels, ministères... L'intéressé est jusqu'à présent resté sourd à ces bouteilles à la mer musicale, mais les enveloppes reviennent, marquées de cachets divers : parti sans laisser d'adresse, refusé, inconnu... Sept d'entre elles portent cette mention étrange mais indéniable : décédé (vestorben, deceduto). Cette exposition est un hommage à ce postier inconnu et zélé.



recto-verso du dernier courrier en retour à l'expéditeur

Bel hommage aussi à la créativité ! Et, quiconque ayant entretenu un jour une correspondance aura le désir de courir voir ces lettres...

* le "Scarlatti le plus charnel, le plus jouissif, le plus épicurien que l'on puisse imaginer... " dixit Christophe Huss, Classica


Disponibilité (partitions en ligne de Jacques Rebotier)

Disponibilité (documents sur le réseau de Jacques Rebotier)
Disponibilité (interview d'Alexandre Tharaud, Scènes Magazine, no. 243, été 2011)
Muriel

jeudi 25 août 2011

Allain Leprest, poète disparu

Tel ses compères Nino Ferrer, Mike Brant, Kurt Cobain, ou même Dalida, Soeur Sourire et Marilyn Monroe, le chanteur français Allain Leprest a pris la plus grande liberté qu'il pouvait s'octroyer à lui-même : décider du jour de sa mort, soit le lundi 15 août 2011, à 57 ans (lui ne fera pas partie du Club des 27...). Symbole intéressant que de choisir l'Assomption pour un tel acte : quitter la vie terrestre pour s'élever... au firmament des chanteurs et poètes.

Nous ne referons pas sa bio, les sites communautaires et les derniers hommages en ligne s'en chargeant. Mais dans les très grandes lignes : un poète-communiste-fumeur-de-Gitanes.

Peu connu du grand public, Allain Leprest était cependant reconnu par ses pairs, comme on peut le lire en préambule de la seule et unique partition éditée (?) que nous possédons à la bibliothèque, hommage émanant de la plume d'un autre grand poète disparu, Claude Nougaro :

"C'est bien simple, je considère Allain Leprest comme un des plus foudroyants auteurs de chansons que j'aie entendus au ciel de la langue française. Quand, mince, brûlant, brûlé, il vous balance ses strophes d'une fraîcheur parfois incendiaire, où le sens charnel des mots, la fulgurante image, le rebondissement inattendu, attendu, la simplicité savante vous comblent, on sait ce que c'est qu'un artiste au travail : enfanter, même au prix des douleurs, un peu de beauté humaine."

Il ne reste plus qu'à le découvrir...


"Rue Blondin", Grand Prix de l'Académie Charles Cros 
pour l'album "Voce a mano" en collaboration avec Richard Galliano

Fabienne



lundi 22 août 2011

Une bibliothèque pour les harpistes

Les archives internationales de la harpe lancent un programme du numérisation de leurs collections et l'on peut dès à présent explorer en ligne des partitions et enregistrements dédiés à cet instrument entre le 18e siècle et 1922.

Les documents sont en accès libre et gratuit par l'intermédiaire de Internet Archive. Pour trouver les quelques 1'200 partitions pour la harpe déjà disponibles sur ce site, tapez le nom de la collection ici (byuinternationalharparchive) dans la fenêtre de recherche. La collection sera bientôt enrichie de nouveaux documents.

A Genève, un magasin de harpe propose également des partitions et des instruments en vente, il s'agit de la librairie musicale Double Croches.

Et bien entendu la Bibliothèque musicale sera ravie de vous montrer ses partitions pour la harpe à emprunter gratuitement, un choix d'éditions bien plus récentes que celles proposées en ligne, droits d'auteur obligent...

Disponibilité de partitions récentes à la bibliothèque


Tullia






lundi 15 août 2011

Lecture estivale (4)

La chaleur des jours d'été, la langueur qui rythme les heures... Voilà le moment propice pour faire de la musique autrement... Ou, comme nous invite l'auteur Alberto Ruy Sánchez, pour voir la musique plutôt que de l'entendre ou la pratiquer. Dans son roman 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador*, la ville portuaire d'Essaouira dont Paul Claudel fait l'éloge dans Le soulier de Satin bat la mesure. Au rythme du vent, au rythme des corps, au rythme des jeux d'ombre et de lumière. Et l'écrivain rythme son écriture de neuf chapitres divisés en 9 parties. Le huitième chapitre est consacré à la musique.

67.
La musique retentit si bien dans tous les coins du port et même dans ses rues courbes que la plus appréciée par tous est celle qui ne s'entend pas mais se voit. Elle n'est dépourvue ni de composition ni d'harmonie, ses proportions sont parfaites, et l'on peut en suivre la partition du regard en se livrant aux émotions que suscitent ses intensités et ses pauses. C'est une musique pour le regard : démarche à la fois légère et lourde des adolescents amoureux ; choeur de mains qui donnent et prennent argent et objets sur les marchés ; amples gestes des pêcheurs qui lancent leurs filets et petites mouvements secs quand ils les réparent sur un quai ; allure à quatre temps des chameaux qui entrent dans la ville après avoir traversé le Sahara chargés de sel de Tombouctou ; battements des paupières de ceux qui regardent fixement l'horizon par delà les murailles ; frottements des brosses des peintres qui appuient la millième partie du poids de leur corps sur la toile ; mouvements de tête de chats qui guettent du haut des toits, des tours et des couronnements ornés des murs ; interminable et laborieux coucher de soleil quotidien."
pp. 56-57, Ed. Les Allusifs, 2006, no. 039

Alors que vous soyez ici ou là, sans partitions nouvelles (nous sommes fermés jusqu'au 22 août), laissez vous aller à ce jeu de l'observation : chacun y trouvera la musique qui lui convient !

cop. Andreas Leo Urban

* roman traduit de l'espagnol par Gabriel Iaculli. 
Le titre original est 9 x 9 cosas que se dicen de Mogador.

Disponibilité du roman sur le réseau romand
Muriel 

jeudi 11 août 2011

L'ukulélé : un voyage dans les îles

L'ukulélé est-il juste un accessoire pour fille exotique, comme le laisse suggérer le couverture de cette partition?


Assurément NON répondra Cyril LeFebvre, auteur de la méthode le plus courue pour apprendre à jouer de ce petit instrument né à Hawaï. 

Créé à la fin du 19e siècle sur le modèle d'un instrument
importé de Madère par les travailleurs immigrés portugais (le cavaquinho), l'ukulélé deviendra un élément incontournable de la culture hawaïenne et ne tardera pas à se répandre dans toutes les îles polynésiennes.

A Honolulu, le "joyeux roi" Kalakaua organisait des fêtes fastueuses. Fin musicien et excellent danseur, il lança un véritable engouement pour le ukulélé. Il autorisa aussi la hula, danse jugée trop lascive et longtemps bannie par les missionnaires.

Aujourd'hui l'ukulélé est très populaire en Europe comme aux Etats-Unis et donne une couleur particulière aux groupes de jazz, de folk ou de rock, il accompagne aussi à merveille les chansons françaises.

 

Etymologiquement ukulélé viendrait du mot puce sauteuse en référence au mouvement rapide de la main droite que le musicien doit effectuer pour en jouer, à l'imitation du chien grattant sa vermine avec frénésie (ici le groupe Beirut en fait la brillante démonstration).


Si vous n'allez pas jusqu'à Hawaï pendant les vacances (la bibliothèque est fermée) rendez donc visite au luthier qui fabrique des ukulélés sur l'Ile d'Oléron. Cette petite guitare des îles trouvera aisément une place dans vos bagages, à côté de la planche de surf.


Bel été sur les îles! (Pensez à nous envoyer une carte postale...)
Disponibilité de la méthode et des songbooks à la bibliothèque

Tullia

lundi 8 août 2011

Lecture estivale (3)


L'accordeur de pianos c'est d'abord Der Klavierstimmer, paru en 1998 dix ans avant d'être traduit en français. Son auteur, Pascal Mercier* écrivain et philosophe suisse, vit depuis une vingtaine d'années à Berlin. Son personnage, Frédéric Delacroix, est accordeur de piano à Genève avant d'être appelé à travailler pour la Philharmonie de Berlin. Accordeur mais aussi compositeur d'opéra (au singulier !) et père de jumeaux : Patrice et Patricia. Plus encore... mais ce serait révéler trop de cette histoire qui se passe principalement à Berlin, et dont quelques pages évoquent notre Place de Neuve.

[...] Le mot opéra éveillait comme toujours en moi un écho particulier. Je souhaiterais pouvoir de nouveau entendre ce mot en toute ingénuité, as-tu dit il y a longtemps, et je m'effrayais alors de la fureur contenue de ta voix. Dès le commencement, Papa, ce fut pour nous un mot spécial, dont le son était indissolublement lié avec ton bureau, avec l'éclat du piano à queue et le doux grattement de ta plume sur le papier à musique. "Qu'est-ce que c'est ?" demandions-nous, alors que nous devions encore nous mettre sur la pointe des pieds pour pouvoir désigner du doigt les feuilles blanches avec les lignes de portée. "Un opéra" disais-tu. Pendant un certain temps, un opéra fut pour nous un bout de papier. Cela nous déconcerta quand Maman nous dit un soir que vous alliez à l'Opéra. Et c'était déconcertant, aussi, de vous entendre dire devant le Grand Théâtre : C'est l'Opéra. Un opéra, c'était quelque chose de grand et d'important, de presque sacré, nous l'entendions au son de votre voix.
in: pp. 140-141 Deuxième Cahier, Patricia

Le roman est divisé en 14 cahiers écrits par Patrice et Patricia dont nous faisons la lecture en alternance. L'histoire nous est racontée avec deux sensibilités et deux écritures distinctes - et je me souviens qu'en cours de lecture, on s'attache inévitablement davantage à l'une et qu'on s'impatiente d'un cahier à l'autre. 

L'auteur, en nous faisant lire les cahiers écrits par ses propres personnages, questionne chacun de ses lecteurs sur le rôle de salut ou de remède que peut avoir l'écriture, puisque les jumeaux ont eu un destin peu banal. 

"Ce que l'on a une fois saisi dans des mots, peut-on continuer à le vivre comme avant ? Ou bien le silencieux travail des mots est-il la manière la plus efficace de changer de vie - plus efficace que la plus bruyante explosion ?" fait-il dire à Patricia en exergue du roman.


Le lecteur avant de pouvoir répondre à cette question sera emmené sur les grandes scènes lyriques et leurs coulisses ; il côtoiera artistes, chanteurs, compositeurs. Et dans le drame qui se joue, la place de la musique sera capitale.


* Pascal Mercier est un pseudonyme de romancier. Peter Bieri a gardé son nom pour sa fonction de philosophe qu'il voulait distincte par rapport à son activité littéraire. La consonance francophone de son pseudo est voulue, nous avait-il confié lors de sa venue à la Maison de la littérature de Genève en novembre 2009, puisque Mercier fut choisi en feuilletant un annuaire téléphonique romand.


Disponibilité du roman dans RERO
Muriel

lundi 1 août 2011

Sur nos monts quand le soleil

Alberich Zwyssig reçoit du parolier Leonhard Widmer un chant patriotique à mettre en musique. Il choisit son cantique "Diligam te Domine" (J'aspire à t'adorer Seigneur) qu'il a composé en 1835 et l'adapte au texte de Widmer en automne 1841. Le compositeur et quatre citoyens zougois chantent le "Cantique suisse" pour la première fois le 22 novembre 1841.

 Zwyssig et Widmer

Dès 1843, le nouvel hymne paraît dans le livret des festivités des "Zürcher Zonfinger", l'association d'étudiants la plus ancienne de Suisse. La même année, cette chanson est présentée lors de la Fête fédérale de chant à Zürich et enthousiasme le public. Le Cantique suisse est rapidement adopté par les choeurs d'hommes dans toutes les régions linguistiques grâce aux traductions et est souvent chanté dans les fêtes nationales.

Pourtant, le gouvernement suisse refuse les nombreuses motions visant à rendre cet hymne officiel. Il existait à l'époque un autre chant, tout aussi populaire que le Cantique suisse : "O monts indépendants", chanté sur la mélodie du "God save the Queen" anglais. Au 20e s., cette similitude est devenue gênante. En 1961, le Conseil fédéral décide donc d'accorder le statut provisoire d'hymne national officiel au Cantique suisse. Il n'est adopté définitivement que le 1er avril 1981 : le Conseil fédéral déclare donc le Cantique suisse hymne de la Confédération car il s'agit d'un chant "purement suisse, digne et solennel, ainsi que le souhaite une grande partie de nos Confédérés et Confédérées".

Fabienne

Disponibilité de la partition à la bibliothèque
E-Card avec le manuscrit de la partition